
Les ruines du château de Nakijin sont situées dans le Nord d'Okinawa, près du village du
même nom. Cette place forte fut construite sur une élévation de terrain, à 100 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur élévation de roches calcaires. A l'époque de sanzan, les Trois Provinces,
Nakijin était la place qui défendait la vaste province de Hokuzan, au Nord de l'île.
Le donjon est entouré de neuf murs fortifiés. La porte principale se situe sur la façade ouest. La porte Heiro de la seconde enceinte conduit aux ruines des quartiers principaux. A la gauche et à
la droite de ces bâtiments, se trouve, respectivement les jardins Umiya et Uchibaru. L'enceinte sud, Shikema, sur la façade ouest est plus étroite et plus courte.
La construction des remparts, des bâtiments et du donjon fait une large part au calcaire trouvé dans le sol difficile de l'archipel des Ryûkyû. Les différents murs d'enceintes n'ont pas tous la
même hauteur, ceci en raison de la présence de défenses naturelles. En leur point le plus bas, ces dernières atteignent une hauteur de trois mètres et de huit mètres au point culminant.
Le château est d'une longueur totale qui dépasse les 1,5 kilomètres. Contrairement à nos châteaux où le chemin e ronde est jalonné de créneaux, le chemin de ronde de nakijin-gusuku est jalonné d'un
parapet uniforme, sans crénelage.
Divers éléments, découverts récemment dans l'enceinte sud (Shikema), ont fait apparaître une structure plus ancienne, ce qui laisse à penser aux archéologues que les dimensions réelles du château
pourraient être plus importantes.
Nakijin-gusuku a abrité de nombreux Sêfa-utaki, lieux sacrés de la religion indigène d'Okinawa, faisant de ce Gusuku un centre important de la spiritualité.
Ce gusuku est aussi renommé pour le Hikan, floraison des cerisiers, période qui s'étend de mi-janvier à fin février.
On pense que Nakijin-gusuku fut construit au 13ème siècle et qu'il servit de quartier général aux Aji locaux jusqu'au début du 14ème siècle. Avec l'avènement de sanzan-jidai, les gusuku furent
destinés à protéger la région qu'ils dominaient. Nakijin-gusuku devint le centre de Hokuzan (Montagne du Nord), sous les ordres du seigneur Haniji.
Afin de profiter des richesses octroyées par les relations avec le puissant voisin chinois, Haniji, suivant en cela le roi Satto de Chûzan (Montagne du Centre), établit des contacts avec l'empereur
du Pays du Milieu. Des relations tributaires, "sappô" virent le jour dès 1385.
Suite au décès de Haniji, son fils Min prit le pouvoir. Sous son règne les relations tributaires continuèrent et la province put se développer, mais la relative pauvreté de cette grande province ne
permit pas d'envoyer fréquemment des missions vers la Chine.
Le fils du roi Min, Hananchi, lui succéda et prit le pouvoir et sous son règne, la compétition entre les trois provinces perdura. Mais la richesse de chaque province ne permit pas le même nombre
d'envois, comme en attestent les rapports chinois de l'époque Ming.
A l'époque de Haniji, 6 missions furent envoyées, pour son fils Min, 1 fois seulement et Hananchi, pas plus de 11 fois.
Hashi, après sa conquête de Chûzan et jusqu'à l'unification de l'île sous son autorité, envoya des missions, jusqu'à 6 par an. Dans le même temps, Hananchi n'envoya, en moyenne et de manière très
irrégulière, qu'une mission tous les deux ans. Cette irrégularité est notifiée par l'absence totale de mission entre 1405 et 1415, et, de cette date jusqu'à l'unification de l'île en un seul et
même royaume en 1422, une seule mission se présenta à la cour de Chine.
Ce petit nombre d'envoi de mission est relatif à la pauvreté du royaume de Hokuzan par rapport à celui de Chûzan.
L'ambition de Hashi et de son père fut toujours d'unifier Okinawa sous leur seule autorité. Profitant de la révolte des différents Aji de Hokuzan contre la tyrannie de Hananchi, Hashi leva une
armée pour conquérir la province.
Bien que les forces de Hashi furent largement supérieures, attaquer et soumettre le puissant château de Nakijin ne fut pas une tâche aisée. Plus que par les armes, c'est par la ruse que Hashi put
être victorieux. Lors du siège de Nakijin-gusuku, un des hommes de confiance de Hananchi, Motobu Tehara, gagné à la cause de Hashi fit une sortie. A la suite de cela, il fit dire qu'il avait réussi
à mettre en déroute les troupes de l'envahisseur.
Hananchi voulut profiter de la débâcle pour asseoir son autorité et s'en fut à la poursuite des "vaincus". Pendant l'absence de ses troupes, les forces de Chûzan investirent Nakijin-gusuku et
Hananchi se rendant compte trop tard de la traîtrise de Motobu, n'eut pas le temps de rentrer dans son château.
C'est grâce au soutien militaire des Aji de Hokuzan que Hashi put obtenir la soumission de Hananchi. Ces derniers, se rendant compte de la supériorité économique du nouvel envahisseur, sous ses
traits de libérateur, l'adoptèrent en tant que nouveau souverain.
Au nombre des chefs militaires vainqueurs, nous trouvons le nom du célèbre Gosamaru, Aji de Yomitan.
Il y a une anecdote au sujet des ruines de Nakijin-gusuku et d'une femme nommée Shikema Utudaru.
La légende dit que bien avant le règne de Haniji, une belle jeune femme du village de Shikema, devint la maîtresse du seigneur de Nakijin-gusuku. Depuis très longtemps, ce seigneur désirait un
enfant afin d'assurer sa descendance. Finalement, son épouse légitime donna naissance à un enfant qu'ils prénommèrent Chiyomatsu.
Malheureusement pour lui, c'est à ce moment précis, juste après la naissance, qu'un de ses vassaux, Motobu Ufunushi fomenta une révolte. La femme et la maîtresse du seigneur tentèrent de
s'échapper, mais, n'ayant pas eu le temps nécessaire pour prendre du repos après l'accouchement, la femme n'était pas en état pour fuir. Elle confia donc l'enfant à Udutaru et, pour échapper au
déshonneur et à l'humiliation de sa capture, elle se suicida en se jetant dans la rivière proche de Shikema.
Udutaru éleva seule l'enfant, prenant de nombreuses précautions pour qu'ils ne soient pas retrouvé par les hommes de Ufunushi. Arrivé à l'age adulte, Chiyomatsu prit le nom de Okaharu et avec
l'aide de quelques vassaux restés fidèles à leur ancien seigneur, il déposa Ufunushi et reprit sa souveraineté sur Nakijin-gusuku.
En honneur à sa beauté et à sa dévotion, les gens des alentours de Nakijin inventèrent l'expression "comme la maîtresse de Nakijin".
A la mort de Utudaru, Okaharu, qu'elle avait élevé comme son propre enfant, fit construire sa tombe au pied du gusuku, face à la rivière Shikema.
Nakijin-gusuku a été reconnu patrimoine mondial de l'humanité en 2000.
© Lionel Lebigot 2008