Sanzan–jidai est la période dite, littéralement, des « trois (san) montagnes (zan) », elle est aussi appelée « Ajin’yu ,
période des Aji».
Dans la littérature chinoise, ces « montagnes » n’étaient ni plus, ni moins que des royaumes.
Théoriquement, ce « zan » est prononcé [san], mais pour cause de liaison, le [s] se transforme en [z] et signifie « montagne ». Dans ce cas, la « montagne », vaste étendue géographique, est
représentant de « province » et désigne une unité géopolitique.
Dans l’histoire d’Okinawa, ces trois provinces sont respectivement nommées « Nanzan », au Sud ; « Chûzan », au centre et « Hokuzan » au Nord.
De nombreux livres sur l’histoire okinawaïenne, datent cette période à 1314, mais en fait, ce point de repère n’est que le début pour l’hégémonie sur le territoire d’Okinawa.
Le terme « aji » recouvre plusieurs réalités qui découlent de l’évolution de la société d’Okinawa et de Ryûkyû.
Dans les premiers temps, les aji étaient des seigneurs féodaux jouissant d’une grande autonomie, chacun défendant le territoire autours de son « gusuku », qui a cette époque n’était ni plus ni
moins qu’un fortin destiné à stocker les récoltes.
Les temps et les besoins d’une meilleure protection apparaissant, certains anji se regroupèrent soit par alliance, soit par conquête.
Les recherches anciennes nous disent que le royaume unifié d’Okinawa existait depuis des temps très reculés. Les rois qui régnaient sur toute l’île seraient descendants de la dynastie Tenson (qui
aurait perdurée pendant plus de 17000 ans). Cependant, des recherches plus récentes, menées par d’éminents historiens, apportent un éclairage nouveau.
Sanzan-jidai, cette période des trois royaumes est généralement datée de 1314, mais elle tire son origine de plus longtemps.
C’est au cours de cette période que les différents aji nouèrent des relations avec le puissant voisin chinois.
Depuis la moitié du 10ème siècle, les différentes communautés villageoises se sont groupées pour assurer leur sécurité. De ces regroupement émergea une classe dirigeante, qui sous couvert de
protection, asservi petit à petit, et par la force, le reste de la populace.
Pour assurer cette protection, les nouveauté chefs érigèrent des places fortes nommés « gusuku » et confortèrent leur autorité par des rites religieux.
Progressivement, les différents seigneurs locaux (aji ou anji) se rassemblèrent autour d’un des leurs. Ces aji finirent par établir trois royaumes, chacun luttant pour la suprématie sur l’île.
A l’époque de « sazan-jidai », trois rois dominaient l’île d’Okinawa. Il y avait donc trois aji « suzerains », les autres étant leurs vassaux.
Après l’unification et jusqu’au rattachement de Ryûkyû à la nation japonaise, il n’y eut plus qu’un aji, roi, appelé « ô », de tout de l’archipel de Ryûkyû. Au cours de cette période, les
différents aji,et sur décret, durent résider près du gusuku de Shuri. Cette mesure était destinée à appauvrir ces aji et ainsi empêcher les révoltes et rebellions.
A partir de ce moment, le titre de aji ne désignait plus qu’un aristocrate.
Tout au long de cette période, les différents rois se livrèrent des combats sans merci. Mais c’est aussi à cette époque que tous ces rois nouèrent des liens avec l’empire chinois. Le premier
royaume à rentrer en rapport avec la Chine fut Chûzan du roi Satto en 1372, en 1374, son propre frère fut envoyé en Chine et y noua des relations tributaires et commerciales et dès 1392, une
colonie chinoise s’établissait sur une île proche de ce qui deviendra la ville de Naha. Nanzan noua des liens en 1380 et Hokuzan, en 1385.
Grâce à ces relations, de 8 et 13 ans plus jeunes, Chûzan prenait un avantage certain sur ses rivaux. Si peu de temps apportèrent des avancées technologiques énormes, sans compter que ses voisins
étaient plus pauvres.
Finalement, le seigneur Hashi, qui avait déposé le roi Bunei devint roi d’Okinawa après avoir soumis Hokuzan, puis Nanzan.
Sanzan-jidai se termine ainsi par l’unification de l’île d’Okinawa par le roi Shô Hashi de la première dynastie Shô.
© Lionel Lebigot 2008