Août 2009
Après un vol de 12 heures, l’avion se pose sur le tarmac de l’aéroport de Nagoya. Un transit de 2 heures nous permet de nous restaurer dans un petit restaurant du hall des vols internes.
Enfin, nous arrivons à l’aéroport de Naha et allons prendre possession de notre voiture de location.
Encore deux heures de route, la circulation et les routes d’Okinawa sont toujours aussi désespérantes.
Finalement, vers 20h00, nous arrivons à destination, retrouvailles avec la belle-famille, cadeaux, repas, discussions et dodo sur un bon futon.
Le lendemain, dimanche, rien de spécial, nous retrouvons nos marques et évacuons le reste de décalage horaire.
Pour moi, cette année, ce sera surtout entraînement. Le lundi soir, je me présente donc au Shureikan de Shimabukuro. Remise de cadeaux, discussions…
Le Shureikai, (litt. Association d’Okinawa, « shurei » fut le nom donné par les chinois à Okinawa au 14ème siècle) ensemble des Shureikan (litt. Maison/dôjô d’Okinawa, il y a donc plusieurs dôjô
affiliés à cette association, chacun recevant le nom de Shureikan précédé du nom du lieu où il est situé). Le shureikai, donc, a été sélectionné pour faire une démonstration aux « Sekai-taikai »,
réunion mondiale d’Okinawa de cette année et doit effectuer une performance du kata « seichin ». Pour cette performance, le Shureikai ne sera pas seul, en effet les organisateurs ont décidés de
regrouper tous les groupes issus du style Uechi-ryû ; Nous serons donc associés à l’Okikukai, au Ken’yûkai et autres.
Les enfants de ces groupes feront une démonstration du kata kanshiwa, plus démonstration des bunkai.
Dans un soucis de généralisation, les adultes de ces groupes doivent « apprendre » un seichin consensuel, ou toutes les différences de groupes seront effacées. Je passerais donc ma première
semaine d’entraînement à « apprendre » cette version, rien de difficile.
Le jour fatidique arrive. Venant par mes propres moyens, je dois, dans un premier temps retrouver mon groupe. Dans la foule ambiante, ce n’est pas chose aisée, mais j’y parviens. Direction un des
deux dôjô du budôkan où nous devons faire les dernières répétitions, avec tous les groupes et nous mettre au diapason. Pendant ce temps là, la cérémonie d’ouverture à lieu.
Nous faisons une première répétition, tout semble aller bien, MAIS… un des « chefs d’orchestre », nous dit « non, ça va pas, faudrait faire ça et ça »… réunion avec les autres « chef d’orchestre. »
Profitant de ce laps temps, un des pontes du Naha-shureikan, Sunabe-san, que je ne connaissais pas, tient à m’expliquer certains points techniques. Et me voici à me faire secouer comme prunier sous
les regards amusés de mes condisciples
Les « chefs d’orchestre » se mettent enfin d’accord et nous montre la version simplifiée, tellement simple que finalement, chaque groupe fait « comme à sa maison… »
La démonstration suit le même chemin : tous unis dans la diversité.
Après notre démonstration, je croise les groupes de Français qui partent faire leur démonstration. Malheureusement, je ne pourrais y assister, il faut aller faire des photos souvenirs.
Le lendemain, samedi ont lieu les compétitions et le dimanche des séminaires. Le matin est dédié aux séminaires donnés par des « trésors vivants » : Iha Koshin, Tomoyose Ryuyu, Nakazat Jô’en… et
l’après-midi par des experts de haute renommée : Higaonna Morio, Tsuguo Sakumoto… Pour participer à ces séminaires, il fallait s’inscrire avant une date limite. N’ayant pas su si j’allais ou non à
Okinawa avant cette date, je n’ai pas pu m’inscrire et donc pas pu participer…
Après ce taikai, je peux enfin m’entraîner plus personnellement et dès le lundi, je vais au Haebaru-shureikan, matin et soir.
Les entraînements du matin n’étant pas officiels, Shimabukuro n’est pas nécessairement au dôjô, assez souvent, c’est donc par moi-même que je m’entraîne, mais j’ai tout le dôjô et ses équipements
pour moi.
Malgré les 30° et les 80% d’humidité matinaux, je suis heureux de faire des kigu-tanren, (exercices avec instruments) et des renzoku (enchaînements) de kata sur les différents makiwara. Ces renzoku
peuvent aller d’un « blocage »/contre-attaque jusqu’à l’enchaînement de tout les gestes du kata.
A mon programme, j’incorpore aussi du kobudô. Les kobudô du kônan-ryû a ceci d’intéressant qu’il n’y a pas de changement/retournement de mains, comme dans le Matayoshi-kobudô actuel. En
application, si on perd le contact avec l’arme, l’adversaire en profite pour désarmer. C’est d’ailleurs une des stratégies du kônan-ryû de profiter de ces moments d’opportunité, de cassure de
rythme.
Suivant les jours et la température/humidité, ces séances me prennent entre une heure et deux heures. C’est exténué que je rentre à la maison, mais heureux.
Le soir, les entraînements se déclinent en techniques sous les conseils de Shimabukuro.
Au fil des jours, je verrais ainsi les subtilités de tous les kata du kônan-ryû.
Les entraînements adultes incorporent certains adolescents et au cours d’un de ceux-ci, un jeune de quinze ans, m’a particulièrement impressionné. Au cours de séances aux pao, ses mawashi-geri
n’avait rien de ceux d’un adolescent, tout en lourdeur et avec le poids de corps. Pour son âge, c’était vraiment impressionnant !
Ces entraînements sont principalement tournés vers les kata et leurs bunkai, mais aussi la compréhension de faire de certaines techniques.
Des groupes se forment, certains travaillent des techniques, d’autres des kata avec bunkai, d’autres du kobudô. Pas de cours de masse.
Comme tous les ans, le Shureikan organise un barbecue, c’est l’occasion de retrouver les condisciples dans une atmosphère plus festive que lors des entrainements. Les yaki-tori, brochettes de
volaille, yaki-niku, grillades de bœuf, yaki-soba, nouilles sautées sont de la partie ainsi que différentes sortes de bière et awamori, le sake d’Okinawa.
Au cours de ce barbecue, ne sera révélé le secret d’une des techniques vues dans sanseryû, dernier kata du kônan-ryû et sa dissimulation stratégique, mais je n’en dirais pas plus, ça ferais
vaciller l’ordre établi, advenir le chaos et faire surgir les cavaliers de l’apocalypse...
Un dimanche, dans la ville de Chatan, il y a un « Eisa-festival », démonstration de troupes de danses folkloriques. Arrivé sur les lieux, une averse tropicale fait se replier tous les spectateurs
et da

nseurs, le terrain de foot qui servait de scène est détrempé, ais aussitôt
après la pluie, retour des 33° normaux et la pelouse sèche en un rien de temps.
Les démonstrations se suivent, le nuit tombe, quand un spectateur, légèrement imbibé est pris d’une envie de nous faire profiter de ses talents de danseur.
L’homme en question est d’un gabarit assez impressionnant, rond comme un tonneau, certainement aussi rempli que ce dernier. En le voyant, on imagine très ce personnage du roman chinois « Au bord de
l’eau », Lu Da/Sagesse Profonde.
Il aura mis une ambiance particulière au festival.
Quand nous rentrons, nous nous arrêtons dans un petit restaurant et avons la surprise de retrouver un des groupes de Eisa du festival, qui vient danser dans ce restaurant pour y glaner quelques
subsides.
Un autre jour de WE, nous décidons d’aller à plage. Direction, la presqu’île de Motobu. Prenant un pont, nous arrivons sur la petite île de Ko’uri-jima. Magnifique, l’eau et le ciel ne sont plus
qu’un seul paysage du même bleu turquoise.
Les températures se confondent, on ne sent quasiment pas la différence entre l’air et l’eau, si ce n’est un léger rafraîchissement, on nage au milieu de petits poissons multicolores. La mer est
très calme en raison de la barrière de corail qui empêche le ressac et la venue de requins… De toute façon, il n’y a pas de requins, y sont pas fous les requins, y s’baignent pas les requins, trop
chaude la mer…
Trois semaines passent ainsi. Retour par Tôkyô, pour deux jours de tourisme.
J’ai toujours voulu aller à Ryôgoku, le quartier des sumô. Arrivé à la station de Ryôgoku, un groupe de lutteurs est sur le quai. Leur taille et corpulence sont impressionnantes par rapport à celle
des autres japonais, mais c’est surtout leur démarche qui est spéciale, toujours frôlant le sol, donnant une impression de glissade du corps en un seul bloc, pourtant rapide, sans à coup.
Puis, re-visite du quartier de Asakusa.
Le soir, nous rejoignons des amis de ma femme et allons manger « dans » un bistrot/gargotte/bouclard du quartier de Shinbashi. Si j’ai mis des « », c’est qu’en fait de l’affluence des salary-men du
vend

redi soir, nous mangeons sur des tables improvisées, faites de caisses de
bières, dans la rue sur la chaussée. La circulation est coupée, mais cette ambiance n’est pas celle attendue dans une capitale high-tech comme Tôkyô.
Le lendemain, nous prenons le train de banlieue qui va à Kamakura, ville historique.
Kamakura est une ville très agréable, nous visitons le sanctuaire « hachiman-gu » qui date de 1063, il fut construit d’abord construit au bord de l’eau, puis déplacé à son lieu actuel en. Situé au
nord de la rue principale de la ville, il est dédié à Hachiman, dieu de la guerre de la religion Shintô. C’est dans ce sanctuaire que fut déclaré la guerre de Genpei, opposant les clans Genji et
Heike.
Le lendemain, nous prenons partons pour la France. L’avion se pose sur le tarmac de Charles de Gaulle. Le stress revient au grand galop.